TEXTES DES ADHERENTS

Des nouveaux poèmes de Monique Delbos qui nous parle avec une voix de femme :

Couleur grise de femme

Le tumulte terrestre s'est tu

Dans ton berceau emmuré

Femme de douleur tant aimée

Désunie dans ton blanc paradis

La maladie t'a diaprée de cendre

Sans miracle Dans le jardin de cyprès

De myrtes et de violettes

Reflet privé de baisers

Ma blessure

Tu me dépossèdes

Dans le gris céleste.

 

II/

Femme à la couleur des braises

Femme au feu des bouches

Femme des masques

Aux parfums ardents

Suit son rêve de mondes absents

Désirs éternels

De soleils triomphants

Dame sous la houle légère

Jeune fille à la fleur muette

Robe invisible des songes

A l'heure adoucie de la nuit

 

III/

L'aube se défait sur la pampa vide

La couleur aveuglante des rais clairs

Déjà brûle l'herbe rousse

Femme de poussière

Les vaines trêves des nuits fraîches

Lavent à peine le sel

De ton corps

Au labeur asséché

Tu vieillis

Dans une vie sans ombre

Et tout le saint éclat du jour

Ne saurait ravir

La certitude d'une vie

Sans passé, profanée

 

IV/

Femme du timide matin

Qui fadement se lève

Pour un jour sans départ

Court vers une aurore écarlate

La falaise gronde

Court à l'à-pic

Dans cette lumière pâle

Aux contours vagues

Qu'endorment le ciel et l'eau

Les minutes s'écrasent

Contre les galets Ligotés

Femme condamnée

A briser son élan

A mortes eaux

ans un labyrinthe d'instants

Ecran

 

Jean Rivet a été le Président du jury de 2004 à 2010.

Nous lui rendons hommage avec deux de ses textes :

Il y a toujours un adieu quelque part. Une herbe qui s'avance dans la nuit, un livre qu'on aurait dû lire, un verre qu'on aurait pu vider complètement, un poème qu'on n'a pas écrit.

Il y a toujours un adieu quelque part. Un regard dans un hôpital, un regard dont on ne rencontrera jamais la détresse dans les étoiles d'une nuit d'été finissant.

Il y a toujours un adieu quelque part, des lèvres de jeune fille, entrouvertes, dont le parfum est confiture de mûres dans l'attente d'une nuit où on se prendra secrètement la main.

Et la mer de continuer à s'avancer sur la plage, doucement, perpétuellement, comme si l'éternité était en cours.

Jean Rivet

"Avant la nuit"

Editions Isoète-2006

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Glisser d'une feuille

Morte à une autre

Glisser d'une petite fille

Qu'on a longuement Tenue dans ses bras

Avant qu'elle ne devienne

Une femme

Jean Rivet

"Le soleil meurt dans un brin d'herbe"

Editions Motus- 2007

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ERIC JACQUELIN Président de l'association et du jury :

 

Tremblement de mer

Les murs rouges se fissurent.

 

Les êtres blancs s’abandonnent

L’éternité est à genou.

 

Faut-il partir ? Fuir au milieu des flammes ? Mourir ?

 

Mon ombre n’est plus la mienne,

Elle parle avec la bouche d’un autre.

 

Je n’ai plus que la nuit bleue pour être moi-même.

 

Nos rêves se sont emmêlés

Pour un avenir incertain.

 

                                                                                   Eric Jacquelin

                                                                                     Inédits-2014

 

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Un texte de Pierre Boulle, membre du bureau et du jury, écrit après les événements dramatiques de Charlie Hebdo :

LE CRAYON EBT

Il a une drôle de mine, notre crayon.

Il en fait du chemin depuis un certain Nicolas Conté.

C'est vrai, il en a vu de toutes les couleurs.

Notre crayon accompagne les moments de la vie.

Il partage celle des artistes, des architectes, des journalistes de la Presse écrite, fût-elle satirique.

Il est pointu, acide parfois, drôle souvent, mais toujours plein d'humour.

Le crayon relie les hommes.

Il a un long passé. Et un avenir incertain.

Si son trait a été sublimé par Boucher, par Fragonard, par Picasso, il dit aussi la justesse d'expression avec Daumier, avec Grandville, avec Léandre, caricaturisques fameux. Avec Caran d'Ache, dont les boites ont enchanté notre enfance.

Il était aujourd'hui la raison d'être de Cabu, de Wolinski, de Charb, d'Honoré, de Tignous...

Si une balle de fusil tue immédiatemment, un dessin n'en finit pas d'avoir un effet.

Aujourd'hui, le monde apparaît avec une mine de plomb.

Ceux de CHARLIE HEBDO sont partis sur les nuages de la légèreté à la rencontre des personnages de Folon.

Nous restons, nous, plongés dans une réalité brutale.

Nous sommes hébétés, EBT comme le crayon.

Pierre BOULLE

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Daniel Collin, lauréat 2007, membre du jury.

Les amours d’automne surfent sur les ressacs,

Ces lames de fond

Qui ramènent tous les naufragés

Au regard perdu

D’un quotidien d’ingratitude,

Ces ressacs aux non-dits

Quelquefois

Assassins…

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  Un amour ne court jamais sur son erre…

 Ou bien il s’est terni,

 Se lestant d’habitudes.

 Il a perdu son art

De tout recommence

Quand tombe l’heure du matin

Dans l’escarcelle

Du quotidien.

 

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François Pasquier, fondateur de la baie et président jusqu'en mai 2015, actuellement vice-président :

J’attends…

Adossé à la vie, Soutenu par un mur de chimères sanglantes,

J’attends.

Le fil métallique et tranchant de mon arme

Pointe vers l’horizon

De cratères et de frises, dans un halo de feu

Orangé à la pointe et indigo au cœur,

J’attends.

La flamme vacille dans les veines boueuses

De nos logis pouilleux

Et le dernier alcool

Chauffera les matins de l’assaut inutile.

Gris de cendre déjà

J’attends.

Déjà gris des douleurs avenir

Le soleil chauffe à peine

Mon pied, engourdi de frimas

Enveloppé de gaze…

J’attends

Déjà le flot des peines viscérales

Contracte mes entrailles

Souillées de vains discours

J’ai peur…

François Pasquier

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